L’obésité au troisième âge : comment gérer ?

La relation entre l’obésité et le risque accru de maladies cardiovasculaires est déjà bien documentée dans la littérature médicale. Ainsi qu’une augmentation de la mortalité en général. Cependant, en étudiant la population plus âgée, on perçoit le contraire.

Grâce à des études d’observation, on constate que les personnes âgées classées en surpoids ou obèses ont un risque de mortalité plus faible en général et cardiovasculaire. C’est ce qu’on appelle le paradoxe de l’obésité.

Mais pourquoi ?

Nous commençons par comprendre ce qu’est l’IMC. L’indice de masse corporelle (IMC) prend en compte le poids et la taille et est la valeur utilisée pour définir le surpoids et l’obésité.

Sont considérées comme obèses les personnes dont l’indice de masse corporelle (IMC) est égal ou supérieur à 30. Entre 25 et 30, on parle de surcharge pondérale. L’obésité abdominale est, elle, définie par un tour de taille supérieur à 94 cm chez les hommes et 80 cm chez les femmes.

Il arrive que l’IMC chez les personnes âgées perde la précision nécessaire pour définir la quantité de graisse d’un individu. Les altérations dues au vieillissement entraînent une réduction de la graisse sous-cutanée et une augmentation de la graisse viscérale, hépatique et intramusculaire. De plus, la réduction de la taille, couramment observée chez les personnes âgées, surestime la valeur de l’IMC. On y ajoute également les altérations de la quantité totale d’eau et de graisse dans le corps, altérations normales du vieillissement.

Outre l’estimation inappropriée de l’IMC, un autre facteur qui peut expliquer ce paradoxe de l’obésité est le biais de survie. Les patients ayant un IMC plus élevé et un âge plus avancé ont une mortalité plus faible parce que les autres n’ont pas réussi à atteindre un âge avancé. Il est possible que ces survivants aient un meilleur profil métabolique (cholestérol, résistance à l’insuline et diabète) que les non-survivants ayant le même IMC.

Un autre facteur à prendre en compte est l’impact négatif d’un faible IMC et de la perte de poids sur les personnes âgées dans l’analyse statistique.

La perte de poids et un faible IMC chez les personnes âgées sont liés et conséquents à plusieurs résultats négatifs pour la santé.

La perte de poids chez les personnes âgées, souvent involontaire, est liée à divers processus de maladie physique, mentale et sociale. Par conséquent, les personnes âgées ayant un IMC plus faible, qui perdent du poids involontairement, vivent dans un environnement moins favorable qui reflète l’augmentation de la mortalité dans ce groupe.

Chaque fois que l’on perd du poids, on perd non seulement de la graisse, mais aussi de la masse musculaire. Cette perte musculaire a un impact beaucoup plus important sur les personnes âgées, puisque la masse musculaire est liée à l’équilibre, à la mobilité, aux chutes et à la fonctionnalité en général.

D’autre part, on observe que les personnes âgées obèses ont une capacité fonctionnelle moindre et un risque plus élevé d’institutionnalisation (admission dans des cliniques et des institutions pour personnes âgées).

Que faire alors ?

Les analyses ont porté sur 4 296 personnes âgées de 75 ans et plus. La prévalence de la maigreur (IMC<21) s’élevait à 14,9% [13,3-16,7]. Elle était plus élevée chez les femmes (19,6%) que chez les hommes (7,6%) et augmentait avec l’âge (p<10-3). La prévalence de l’obésité (IMC≥30) s’élevait à 14,6% [13,1-16,2]. Elle diminuait avec l’âge (p<10-3). Chez les hommes, le risque de perte d’autonomie était augmenté en cas de maigreur (ORa=2,7 ; p=0,007) ou d’obésité (ORa=1,9 ; p=0,005) comparé à la corpulence normale. Chez les femmes, il augmentait en cas de surpoids (ORa=1,7 ; p=10-3) ou d’obésité (ORa=2,9 ; p<10-3) comparé à la corpulence normale. Le contrôle du poids chez les personnes âgées est une chose délicate. Nous ne devrions pas interpréter l’obésité comme une maladie saine simplement parce que la mortalité est plus faible. Car, compte tenu des conséquences négatives qu’entraîne l’obésité ou la surcharge pondérale. Cependant, nous devons être très prudents en ce qui concerne la perte de poids. Puisque le maintien de la masse musculaire est très important pour la santé des personnes âgées.</p><p>L’OMS recommande ainsi aux personnes âgées de 65 ans et plus de pratiquer chaque semaine au moins 150 min d’activité physique d’intensité modérée, qui correspondent à 75 min d’activité physique d’intensité soutenue. Pour être efficace, l’activité physique d’endurance doit être pratiquée par périodes d’au moins 10 min. Les données de l’étude Lausanne cohorte Lc65+ illustrent l’hétérogénéité considérable de la population âgée de 65-70 ans. Les personnes apparemment en bonne santé (absence de pathologie chronique et de syndrome gériatrique) sont minoritaires, et parmi elles une fraction non négligeable est concernée par des facteurs de risque tels que l’hypertension artérielle et l’hypercholestérolémie faisant généralement l’objet de traitements médicamenteux. A l’autre extrémité, la proportion de personnes affectées dans les activités de base de la vie quotidienne, si elle est non négligeable, reste inférieure à 10% ; en outre, dans la plupart des cas, seules des difficultés ont été rapportées et l’aide d’autrui semble n’être qu’exceptionnelle. D’ici 2030, la population de plus de 80 ans va plus que doubler. Il en résultera une augmentation du nombre de personnes souffrant des maladies chroniques productrices de dépendance fonctionnelle avec, comme conséquence, une hausse des besoins en soins de longue durée. Pour faire face à cette situation, il est urgent de développer des mesures qui permettent de réduire la prévalence de ces maladies, d’en ralentir l’évolution et de retarder la survenue de la dépendance fonctionnelle. Entre ces deux réalités marginales se situe la majorité des personnes âgées de 65 à 70 ans qui présente un profil de morbidité chronique où les comorbidités sont déjà fréquentes, accompagné ou non de syndromes gériatriques qui ne sont pas une rareté. Cette majorité à risque d’évolution défavorable ne connaît cependant pas encore de limitation des capacités fonctionnelles. On peut en déduire que le potentiel de prévention de la dépendance fonctionnelle dans cette tranche d’âge est probablement considérable. Le profil de santé à 65-70 ans, observé à travers l’échantillon représentatif de la cohorte Lc65+ dans la population générale non institutionnalisée, justifie un suivi médical dont les composantes d’évaluation gériatrique doivent être présentes, afin de reconnaître précocement les besoins spécifiques de chacun et de préserver des capacités fonctionnelles encore intactes dans la plupart des cas. Par conséquent, ces patients obèses et âgés devraient être soumis à des changements de style de vie, en adoptant des habitudes saines. Nous maintenons l’intention de perdre du poids, mais avec des comportements associés visant à gagner de la capacité musculaire. Ceci est obtenu grâce à une association entre une alimentation équilibrée et la pratique d’une activité physique résistante, par exemple. L’obésité et la maigreur sont fréquentes parmi les personnes âgées à domicile et s’accompagnent d’un risque accru de perte d’autonomie. Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population et l’augmentation de l’obésité chez les jeunes adultes, la surveillance nutritionnelle des personnes âgées constitue un enjeu de santé publique important.</p>